dimanche 8 janvier 2012

ISLAM EN MOUVEMENT

Dans les années 30, en Inde, Muhammad Iqbal, philosophe et poète écrivait : » je n’ai pas besoin de l’oreille d’aujourd’hui. Je suis la voix du poète de demain ».
Une prière qu’il adressait à Dieu sous forme de poème intitulé «  Les mystères du Non Moi », souhaitait que sa pensée soit étouffée si elle devait être «  erreur » ou « épines ». Voilà que près d’un siècle plus tard la pensée de Muhammad Iqbal vient nourrir, «  comme une averse d’avril » l’une des questions clés d’aujourd’hui : quelle place occuper, sans se renier, dans ce monde?

Cette question de la fidélité aux origines confrontée au mouvement incessant de la transformation est au cœur de la pensée d’Iqbal, selon Souleymane Bachir Diagne, agrégé de philosophie et professeur à l’université Columbia, à New York.Cette interrogation visionnaire, estime S.B. Diagne,  apporte aujourd’hui un éclairage indispensable à la complexité de la confrontation à la modernité.
 Né au Penjab en 1877 dans une famille soufie venue s’y réfugier depuis le Cachemire, Muhammad Iqbal séjourna trois années en Angleterre au début du vingtième siècle. Tout en poursuivant ses recherches philosophiques, il passa un diplôme d’avocat à Cambridge avant de rentrer en Inde.
Celui qu’Eva de Vitray Meyerovitch présente comme le plus grand poète et le philosophe le plus important du sous-continent indien, traduit en plusieurs langues, est devenu «  le maître à penser de plusieurs dizaines de millions d’hommes. » Sa découverte de la pensée d’Iqbal dans les années cinquante entraîna cette universitaire française à entrer en islam et à suivre un enseignement soufi. Elle est notamment la traductrice de son ouvrage majeur « Reconstruire la pensée en islam »( ed. du Rocher)
Dans les années 30 sa réflexion amène Muhammad Iqbal à concevoir l’idée d’une partition de l’Inde, avec la constitution d’un nouvel état musulman. En 1947 se créait le Pakistan qu’il ne connaîtra jamais puisqu’il est mort en 1938.

Un message universel

Se voulant profondément ancré dans la révélation coranique, Iqbal a dépassé toute crispation identitaire, « a brisé toutes les idoles de la tribu et de la caste », pour s’adresser à tous les humains. Il renoue avec l’esprit d’ouverture des plus belles périodes de l’islam historique, comme celle d’Al Mamun, qui au 9ème siècle créait à Bagdad la « Maison de la Sagesse » ( bayt el ikma)  où se rencontraient les savants et traducteurs des philosophes et des mathématiciens grecs.
Iqbal revisite la responsabilité de l’homme vis à vis de Dieu, place l’individu au cœur de l’action, met l’accent sur sa liberté de choix, en s’opposant au fatalisme qui efface la responsabilité de chacun face à Dieu, inscrite dans le Coran.
Pour Souleymane Bachir Diagne * « il s’agit de penser vie et mouvement, de saisir le véritable sens du mot « destin » ( taqdî r) quand il indique que l’homme accepte l’injonction divine d’agir à travers lui. «  Je suis la destinée », aurait dit  Muawiya, fondateur de la  dynastie des Ommeyades.
Cette question du libre arbitre, qui a entraîné la création de nombreuses écoles en islam, est pour Iqbal comme un pari fait par Dieu sur la liberté de l’ego. S’il y a justice divine, dit Iqbal, c’est que l’homme a liberté de choix.
Pour Souleymane Bachir Diagne, il s’agit là «  d’un soufisme  de la réalisation de soi dans l’acquisition par l’homme des attributs divins ». Autrement dit «  faire de sa vie autre chose que la somme de ses jours ».
Iqbal, fervent disciple en cela du grand Rûmî, est adepte de la « consumation » plutôt que de ce mal du vingt et unième siècle qu’est devenu la « consommation ». Se consumer, pour Iqbal, c’est être, et non pas avoir, c’est aimer au point de connaître cette brûlure qui pour Rûmî est «  tout, plus précieuse que l’empire du monde, car elle appelle Dieu secrètement dans la nuit ».
Il y a là quelques réponses intéressantes aux questions posées aux musulmans d’aujourd’hui.
Marie-odile Delacour
*« Islam et société ouverte », Souleymane Bachir Diagne, Maisonneuve et Larose. Une réédition est prévue au printemps chez Gnosîs.


mardi 13 décembre 2011

Conférence du Dimanche 8 janvier 2012 : "Eva de Vitray lectrice d'Iqbal : l'ideal et la sociologie".

Chers amis,

L'association des amis d'eva de vitray Meyerovitch organise une conférence le dimanche 8 janvier 2012 au Forum 104 à partir de 14H30 :

"Eva de Vitray lectrice d'Iqbal: l'ideal et la sociologie".

Conférence de Souleymane Bachir Diagne, Professeur à l’Université Columbia, New York. Enseigne notamment,l’histoire de la philosophie en islam. Auteur de « Islam et société ouverte, la fidélité et le mouvement dans la pensée de Muhammad Iqbal », Maisonneuve et Larose, 2001.

Muhammad Iqbal, philosophe, poète et a-t-on dit « visionnaire », sans doute parce que sa réflexion, dès 1930, a contribué à la création du Pakistan en 1947. Son ouvrage intitulé «  La pensée religieuse en islam » analyse la multiplicité des courants de pensée ou d’interprétation qui traversent l’islam aujourd’hui, entre tradition et modernité, rigueur et tolérance, fondamentalisme et extrémisme. Il invitait dès avant la seconde guerre mondiale les musulmans du monde entier à « Repenser le système de l’islam tout entier sans rompre avec le passé ».
C’est en découvrant, sur la recommandation d’un ami pakistanais, la pensée de Muhammad Iqbal qu’Eva de Vitray Meyerovitch a choisi la voie de l’islam et du soufisme.

14h30, Conférence de Souleymane Bachir Diagne sur "Eva de Vitray lectrice d'Iqbal : l'idéal et la sociologie"

16h30 séance de Qawwali* avec le groupe  B2 Banger, originaire du Penjab, qui restaure cette tradition dans le tissu de la communauté indienne de France.

17h15 Thé à la menthe

Le Qawwali est le nom des chants soufis de l’Inde du Nord et du Pakistan.Introduit en Europe par Nusrat Fateh Ali Khan, c’est au 13° siècle qu’Amir Kusro inaugurait la mise en musique des louanges à Dieu, parfois décriée par les musulmans traditionnels. Cette transmission orale et musicale y mêle des éléments de folklore ou des poèmes en persan, Ourdou, Hindi, Penjabi.

Après-midi organisée par l'association des Amis d’Eva de Vitray Meyerovitch.

Participation : 10 euros, 7 euros pour les adhérents et les chômeurs ou les personnes en difficulté financière.

Lieu : Forum Vaugirard, salle des Glycines, 104 rue de Vaugirard. 75006 Paris.
Métro Saint-Placide (ligne 4) ou métro Duroc (ligne 10 et 13)

vendredi 27 mai 2011

Eva de Vitray-Meyerovitch, un itinéraire de Platon à Rûmî

Par Jean-Louis Girotto

Eva Lamacque de Vitray est née en 1909 près de Paris dans une famille catholique issue de la moyenne bourgeoisie dont une partie avait une ascendance aristocratique. Très jeune, elle fréquenta des institutions tenues par les religieuses qui accueillaient les enfants de familles les plus nanties en leur imposant une discipline stricte et une morale rigoureuse. La jeune adolescente qu’était Eva éprouvait beaucoup d’agacement devant l’étroitesse des repères qu’on lui proposait. Cependant, elle était nourrie par une foi sincère qui puisait à une source nichée au plus profond d’elle-même, bien au-delà des apparences extérieures. Eva éprouvait un ardent besoin de vivre des expériences de nature spirituelle. Bien qu’elle ait été élevée de façon conventionnelle, il jaillissait de sa bouche des formulations inattendues qui étaient reçues par les membres du clergé dans la plus grande perplexité. Par exemple, à l’âge de 12 ans, elle avoua à son confesseur qu’elle avait parfois l’impression de vivre des situations qui lui étaient familières, un peu comme si elle les avait déjà vécues dans un passé inconnu. Elle avait le pressentiment d’être venue sur terre avec quelque chose en elle qu’elle portait depuis longtemps. Les vagues réponses à ses interrogations qu’elle reçut de la part des représentants du catholicisme furent bien loin de la satisfaire.

Le puissant attrait qu’éprouvait Eva pour tout ce qui touchait aux vies antérieures et au mystère de la connaissance s’amplifia avec l’adolescence. Les questions se bousculaient dans son esprit. En quoi consiste l’acte d’apprendre ? Quels sont les mécanismes en jeu dans l’acquisition d’une nouvelle connaissance ? Comment peut-on désirer connaître une chose dont nous ne possédons aucune idée préalable ? Pourquoi est-on attiré par cet Absolu qui nous dépasse infiniment ? Eva réussit brillamment sa licence de droit et s’orienta vers un doctorat de philosophie avec un sujet centré autour du grand philosophe de l’antiquité grecque, Platon. La thématique de son étude était intitulée : « La symbolique chez Platon ». Avec Platon, elle pouvait pleinement se consacrer à l’étude de la théorie de la réminiscence — anamnesis — qui repose sur un postulat simple : avant notre naissance, notre âme a séjourné dans d’autres mondes où elle a pu à loisir contempler les « Idées » dans tout l’éclat de leur perfection. C’est ainsi que l’on peut évoquer l’Idée de Justice, de Beauté, d’Harmonie, et, en haut de la hiérarchie, l’Idée de Bien. La naissance dans le monde, c’est-à-dire l’entrée dans un corps en proie à toutes sortes de désirs contradictoires, est pour l’âme un choc qui provoque l’oubli presque intégral de tout ce qui est antérieur à cette naissance. En fait, l’homme dispose déjà en lui de toutes les vérités, mais il l’ignore. Celles-ci sont présentes de toute éternité dans l’âme humaine, ce qui inclut nécessairement l’immortalité de l’âme. Il n’y a donc en définitive aucune différence entre se « re-souvenir » et « con-naître » : l’âme connaît déjà tout dès la naissance et l’ignorance ne peut être qu’un oubli ponctuel.

Pour illustrer la situation de l’homme sur terre, Platon développa dans La République une représentation symbolique connue sous le terme d’ « allégorie de la caverne ». Les habitants de la caverne que nous décrit Platon prennent pour le réel ce qui n’est en fait que le reflet d’une image. Enchaînés les uns aux autres, ils sont dans l’illusion totale. Ils symbolisent les hommes prisonniers du monde sensible qui n’est qu’un trompe-l’œil. Platon nous montre qu’il est possible d’accéder à la connaissance du Monde réel en se libérant de ses chaînes et en sortant de la caverne. Cette symbolique platonicienne fournissait à Eva beaucoup de réponses théoriques à son questionnement. L’intuition première qu’elle avait eue vis-à-vis des vies antérieures trouvait en Platon une forme de démonstration argumentée et structurée. Eva ne pouvait que se sentir confortée dans son désir d’être à l’écoute de son ressenti profond et d’aller jusqu’au bout de sa quête intellectuelle. Cependant, elle se sentait orpheline d’une relation à Dieu dont elle avait pressenti la chaleur au cours de son enfance quand elle communiait dans les églises. Elle aspirait à une nourriture qu’aucun livre ne lui paraissait pouvoir contenir.

Avec la naissance de son premier fils puis l’épreuve de la guerre qu’elle vécut dans la semi-clandestinité du fait des origines juives de son mari, les travaux d’Eva sur la symbolique platonicienne furent suspendus pendant près de 10 ans. Au retour de la guerre, elle réussit le concours d’administratrice au CNRS. Alors qu’elle était directrice du pôle « sciences humaines » du prestigieux établissement public de recherche, elle fut frappée par la découverte de l’œuvre de Mohammed Iqbal. Elle fut irrésistiblement attirée par la dimension universelle de l’islam qui lui apparaissait de façon lumineuse dans la prose et dans les vers d’Iqbal. Suite à ces lectures et après une période d’investigation personnelle, elle choisit de devenir musulmane à l’âge de 45 ans et publia la traduction en français de l’ouvrage majeur d’Iqbal, Reconstruire la pensée religieuse de l’islam, avec une préface du grand orientaliste Louis Massignon.

Iqbal évoquait souvent dans ses écrits la personne de Rûmî dont Eva n’avait jusque là jamais entendu parler. Intriguée par ces citations répétées, Eva entama des recherches pour mieux connaître cette grande figure de l’islam et de la poésie du Moyen Age. Or, à l’époque, rien de sérieux à son sujet n’avait encore été écrit en France. Il n’existait que les traductions de Nicholson en langue anglaise et quelques travaux épars en langue allemande. Eva fut tout de suite profondément touchée par tout ce qu’elle découvrait de l’œuvre de Rûmî et entreprit l’apprentissage de la langue persane pour avoir accès aux textes originaux. Elle abandonna le projet de thèse sur Platon et s’orienta alors tout naturellement vers l’étude de la mystique musulmane au travers de l’itinéraire et de l’œuvre de Rûmî. Ce travail fut consacré par la publication en 1968 de sa thèse sous le titre Thèmes mystiques dans l’œuvre de Djalâl ud-Dîn Rûmî. Cette étude magistrale fit l’objet d’une publication quelques années plus tard sous le titre Mystique et Poésie en Islam : Djalâl-ud-Dîn Rûmî et l’Ordre des Derviches tourneurs parue aux éditions Desclée de Brouwer.

Pour Eva, le passage de Platon à Rûmî ne fut pas du tout une rupture, mais plutôt une continuité et un approfondissement de sa démarche initiale qui visait à percevoir le mystère de la réminiscence – anamnesis. En octobre 1957, elle présenta sa première ébauche de travail sur Rûmî au cours d’une séance au sein d’une société savante parisienne. Dans cette présentation, elle exposait déjà avec clarté la continuité qui lui apparaissait entre Platon et Rûmî :

Rûmî institua le sama’— le concert spirituel — dans l’ordre des Derviches tourneurs qu’il a fondé. Il écrivit : « Plusieurs chemins mènent à Dieu et j’ai choisi celui de la danse et de la musique. »

On a souvent décrit ces séances où les derviches, au son de la flûte — le ney — dansent en un tournoiement qui est celui-là même du Cosmos, la ronde vertigineuse des planètes. La musique elle-même est l’éveil de l’âme, elle crée en elle cet état où la durée s’abolit dans l’instant ineffable, elle l’accorde au diapason de son éternité, car elle la fait se souvenir.

Ce souvenir — le dhikr — […] est l’élément essentiel de la mystique musulmane, le soufisme. Il a pour fondement coranique le mithaq — pacte de la prééternité entre Dieu et la lignée adamique non encore créée — pacte[1] qui lui-même permet la chahada, la profession de foi musulmane, l’attestation de l’Unité de Dieu. Cette proclamation du tawhid, à laquelle tout l’islam est suspendu, prend tout son sens existentiel dans la mystique soufie. Le dhikr, rappel, souvenir de cette Unité, est une anamnesis au sens platonicien et, pour Rûmî et ses disciples, la danse et la musique en sont les moyens privilégiés. Rûmî développe ce thème […] notamment dans l’ouverture célèbre de son Mathnawî, où l’âme, éloignée de son ultime réalité, retrouve dans la musique cet au-delà d’elle-même qui est sa source et sa fin.

Cette continuité entre Platon et Rûmî qu’Eva a rappelé en maintes occasions trouve une trace géographique dans les environs de Konya. Dans son ouvrage Konya ou la Danse Cosmique, Eva s’appuie sur l’historien Aflâkî qui évoque « le monastère de Platon, situé au pied d’une colline, avec une caverne dont sortait un ruisseau d’eau froide. On raconte que Rûmî se rendit à cet endroit et y séjourna 7 jours et 7 nuits ». Le lien profond qui unit Rûmî et Platon est d’ailleurs rappelé dès les premiers vers du Mathnawî qu’Eva traduisit intégralement après plus de 10 années de labeur :

Seul celui dont l’habit est déchiré par un grand amour est purifié de la cupidité et de tous les défauts.
Salut à toi, ô Amour, qui nous apporte tous les bienfaits, toi qui est le médecin de tous les maux,
Le remède à notre orgueil et à notre vanité, notre Platon et notre Galien !
Par l’Amour, le corps terrestre a pris son envol vers les cieux : la montagne se mit à danser et devint agile
.[2]

Avec Rûmî, la dimension de l’Amour rejoint celle de la Connaissance dans un élan de générosité qui puise à la source de la Sagesse éternelle. Eva de Vitray-Meyerovitch a suivi ce sillage avec fidélité jusqu’à son dernier souffle, donnant le plus bel exemple d’un islam authentique vécu avec le cœur.




[1] Et lorsque ton Seigneur tira des reins des fils d’Adam leurs descendants et les fit témoigner contre eux-mêmes, en leur demandant : « Ne suis-Je pas votre Seigneur ? ». Et ils répondirent : « Oui, nous en témoignons ! ». Et ce, afin que vous ne puissiez plus dire le Jour de la Résurrection : « Nous avons été pris au dépourvu ». (Coran VII, 172).


[2] Mathnawi I, 22-25.

Eva de Vitray Meyerovitch : Une chercheuse d’absolu amoureuse de l’islam

Par Marie-Odile Delacour et Jean-René Huleu

Intellectuelle brillante, écrivain, traductrice, chercheur, responsable du département sciences humaines du CNRS après la seconde guerre mondiale, Eva de Vitray Meyerovitch est entrée en islam vers 1950. Une quarantaine d’ouvrages témoignent de sa recherche ardente, parmi lesquels un trésor enfin révélé aux francophones : le « Mathnawi » de Rûmî. Sa parfaite connaissance de la pensée de Mohammad Iqbal lui a permis de trouver sa voie dans un islam ouvert, de paix et d’amour, dont elle est devenue l’une des meilleures ambassadrices.

« Lorsque j’ai fait mes premiers pas vers l’islam, après la lecture du livre d’Iqbal, vous pensez bien que cela n’a pas été facile. J’avais été élevée dans la religion catholique par une grand-mère d’origine anglicane. J’avais un mari juif. J’avais le sentiment de faire quelque chose de fou et j’étais parfois d’autant plus désemparée que je n’avais personne pour me guider… » Dans son livre intitulé « Islam , l’autre visage », Eva de Vitray Meyerovitch confie à Rachel et Jean-Pierre Cartier qui l’interrogent, l’influence qu’a exercé sur elle sa grand-mère anglicane, convertie par amour du catholicisme. Sa grand-mère, leur dit-elle, « était d’une honnêteté foncière…L’idée était de ne jamais tricher ».

Elevée dans une institution de sœurs, elle ressent très vite le poids des mensonges ou des raccourcis trompeurs. Plus tard, devenue docteur en philosophie, proche de Louis Massignon, son inlassable quête de vérité lui fait rencontrer et traduire la pensée de Mohammed Iqbal, philosophe indien intéressé par la rencontre orient-occident.
Ce sont des influences qui comptent, elle fait le choix d’entrer en islam en 1950. Elle explique pourquoi : « L'islam oblige à reconnaître toutes les communautés spirituelles, tous les prophètes antérieurs. L'islam est le dénominateur commun à toutes les religions. On ne se convertit pas à l'islam. On embrasse une religion qui contient toutes les autres ».

Sans doute était-il plus facile de vivre cette expérience peu commune alors, au sein du cénacle des chercheurs. Elle s’entoure de quêteurs de vérité, comme elle, Amadou Hampâte Bâ, Najm Oddine Bammate… Ses missions au Caire, où elle a enseigné à Al Azhar, au Maroc, en Turquie, au Koweit… sont autant de riches expériences du monde arabo-musulman.

Largeur de vue, courage, simplicité, goût du travail bien fait, intelligence généreuse… lui ont permis de dépasser les préjugés et d’ouvrir bien des portes. Elle est bien sûr imprégnée de l’enseignement de Rûmî dont elle entreprend la traduction dans les années soixante dix avec Djamchid Mortazavi. « Une somme spirituelle, une comédie humaine et divine,l’apogée de la mystique musulmane, » écrit-elle dans son introduction. En 1990, après quinze années de travail, le public francophone a pu en fin avoir accès à cette œuvre majeure de l’islam, le « Mathnawi », exégèse du Coran, authentique enseignement composé de 50 000 vers, invite à la fois ludique et savante à la perplexité, la réflexion, la remise en cause de ses comportements. Œuvre presque indispensable aux « cheminants ».

Décédée en 1999, Eva de Vitray Meyerovitch laisse derrière elle une trace lumineuse de compréhension de l’Orient musulman et une voie d’accès au bel islam. Son œuvre permet aujourd’hui à de nombreux Occidentaux d’en comprendre la portée et l’importance pour l’humanité, bien au-delà des discours stéréotypés des média.

dimanche 30 janvier 2011

Compte rendu du voyage à Konya par les membres de l'association des amis d'Eva de Vitray Meyerovitch

Une délégation de cinq personnes ayant bien connu Eva de Vitray-Meyerovitch ou son œuvre s’est rendue à Konya les 10 et 11 décembre 2010 à l’invitation du gouvernement de la République de Turquie et de la municipalité de Konya, par l’intermédiaire de l’Ambassade de Turquie à Paris et principalement de l’Attaché culturel, le docteur Hasan Yavuz, qui accompagna la délégation et veilla au bon déroulement de ces jours inoubliables.

Une vingtaine d’amis de Rûmî venant de France, de Suisse, d’Allemagne et d’Algérie avaient choisi de nous rejoindre et de nous accompagner.

Le premier jour, en matinée, eut lieu le colloque Eva-de Vitray animé par le docteur Yavuz en présence des autorités.

Cheikh Khaled BENTOUNES guide spirituel de la tarîqa ‘Alawiyya souligna l’importance de ce travail de traduction qui fit connaître le message universel de Rûmî tant en Occident que dans le monde musulman : «  Eva dans l’intimité de Mevlana »

Eric GEOFFROY, professeur islamologie et soufisme à l’Université de Strasbourg : « Une interprétation spirituelle de l’univers.»

Jean-Louis GIROTTO ingénieur chercheur, écrivain s’est attaché à souligner le lien d’Eva avec Platon: « L’itinéraire d’Eva de Vitray de Platon à Rûmî »

Fatima BARKAOUI (représentant l’Association des Amis d’Eva de Vitray) exprima sa gratitude envers Eva dont le livre L’islam, l’autre visage, apaisa tout son questionnement :«  Le bel islam dans l’œuvre d’Eva de Vitray »

Colette-Nour BRAHY, linguiste, artiste raconta ses entretiens personnels avec Eva de Vitray pendant « Les dix dernières années » de sa vie.

L’après-midi fut consacré à la visite du splendide et si vivant mausolée de Rûmî. Puis, en compagnie de Madame Esin Bayru Celebi, nous sous sommes recueillis sur les tombes de Sefik CAN et d’Eva de Vitray au Cimetière des trois saints.
Enfin, nous sommes allées saluer Sadr-od-din Konyawi contemporain de Mevlana et disciple du grand ibn Arabi qui repose parmi les roses à ciel ouvert, le vœu de ce savant étant de n’avoir aucun voile entre le ciel et lui. Charmante anecdote.

Nous assistâmes en soirée à la danse des derviches tourneurs du Centre culturel Mevlana.

Le lendemain, 11 décembre, nous nous sommes promenés dans le village de Sille, jadis importante ville byzantine, qui conserve encore des vestiges de temples creusés dans la roche et une église, Aya Elena. Puis nous avons visité le modeste mausolée de Ates Bazi Veli près de Meram où nous avons mangé les célèbres pizzas de près d’un demi mètre de long. Ates Bazi était le cuisinier de Rûmî et l’on raconte l’anecdote suivante à son propos. Un jour qu’il manquait désespérément de bois Rûmî lui conseilla (ou il eut l’inspiration) de mettre son pied dans la flamme. Ainsi alimenté, le feu lui permit de finir ses cuissons. Mais lorsqu’il retira son pied, il s’aperçut qu’il avait une petite brûlûre. De honte, il cacha la blessure au moyen de son autre pied. Depuis lors, en souvenir de ce saint homme, les derviches, dit-on, posent le pied de la même façon pour
commencer la danse des astres.

C’est sous la neige qui s’était mise à tomber à gros flocons que nous avons terminé cette journée en visitant quelques uns des plus remarquables monuments seldjoukides de Konya : la mosquée Alaadin, la plus ancienne de Konya (1221sous Keykobat I), la medersa Ince Minare qui abrite depuis 1956 le musée de la sculpture sur bois et sur pierre avec son très beau portail et son beau minaret, la medersa Karatay transformée en musée de la céramique en 1955 (construite en 1251 par l’émir Karatay à l’époque du sultan Izzetin Keykavus II), le Musée archéologique et la medersa Sirçali musée des Monuments funéraires seldjoukides.


INTERVENANTS* :

1. Cheikh Khaled BENTOUNES guide de la tarîqa Alawiyya : «  Eva dans l’intimité de Mevlana »

2. Eric GEOFFROY, professeur islamologie et soufisme à l’Université de Strasbourg : « Une interprétation spirituelle de l’univers. D’Eva à Rûmî: la médiation de Mohammed Iqbal (m.1938) ».

3. Faouzi SKALI, anthropologue, écrivain : «  Eva de Vitray ou la rencontre des deux rives » (absent)

4. Jean-Louis GIROTTO ingénieur chercheur, écrivain :« L’itinéraire d’Eva de Vitray de Platon à Rûmî »

5. Fatima BARKAOUI : «  Le bel islam dans l’œuvre d’Eva de Vitray »

6. Nour BRAHY, linguiste, artiste, amie d’Eva : « Les dix dernières années »

samedi 13 novembre 2010

Dimanche 19 Décembre 2010 : Journée d'hommage à Eva de Vitray Meyerovitch :

Enfin, après plus d'un an de tergiversation, nous allons enfin organiser notre première journée d'hommage à Eva de Vitray Meyerovitch.

Cette journée d'hommage aura lieu le dimanche 19 décembre 2010 au "Forum 104" : 104 avenue de Vaugirard - 75006 Paris

Si vous désirez soutenir activement cette journée, vous pouvez adhérer à l'association des amis de Eva de Vitray Meyerovitch (prix de l'adhésion : 15 €). Pour cela il suffit de demander un bulletin d'adhésion à l'adresse suivante : eva.de.vitray@gmail.com

En voici une brève présentation :

Eva de Vitray-Meyerovitch : la quête de l’Absolu
Dimanche 19 décembre 2010
Journée d’hommage

Forum 104,
Salle des Glycines
104 rue de Vaugirard
75006 Paris
De 14h à 19h30

« J’ai essayé de faire connaître ce que je crois être le vrai visage de l’Islam…
Etre musulman ou être musulmane, c’est s’en remettre dans la paix à un Absolu ... »
Eva de Vitray-Meyerovitch
Entretien avec Pierre Assouline, 1982.

Licenciée en Droit, docteur en Philosophie, chercheuse au C.N.R.S, traductrice et écrivain, Eva de Vitray-Meyerovitch fut une spécialiste avertie du soufisme. Elle fit connaître à un large public francophone l’œuvre de Muhammad Iqbâl et, par lui, celle du grand poète persan Djalâl ad-Dîn Rûmî. Depuis décembre 2008, son corps repose à Konya (Turquie) à proximité du mausolée de Rûmî, qui fut à l’origine de l’ordre des derviches tourneurs.
« Les Amis d’Eva de Vitray-Meyerovitch » vous invitent à une journée d’échange et de partage autour de cette belle figure de l’islam en Occident.

  • 14H : Accueil et discours introductif de la présidente de l’association des amis d'Eva de Vitray Meyerovitch.
  • 14H15 à 14H45 : Projection d’un documentaire d’Annie Walther intitulé "Sur les traces d’Eva de Vitray Meyerovitch". Annie Walther est partie sur les traces d'Eva de Vitray Meyerovitch, pour cela elle a interrogé plusieurs personnalités qui ont bien connu de près ou de loin cette figure singulière du 20ème siècle.
  • 15H15 à 17H15 : Table ronde avec la participation des intervenants suivant :
- Père Michel Lelong : ordonné prêtre en 1948 à Tunis, docteur d'État ,Professeur à l’Institut Catholique de Paris, secrétaire pour les relations avec l'Islam, consultant au Vatican pour les relations islamo-chrétiennes, Officier de l'Ordre national du Mérite et Chevalier de la Légion d'honneur, il est l'auteur de plusieurs ouvrages traitant de l'Islam et de ses rapports avec l'Église. Il a bien connu Eva de Vitray avec qui il a longuement collaboré dans l'association "Islam et occident". Cette association a organisé plusieurs conférence internationale sur l'islam en général et Mohamed Iqbal en particulier.
- Faouzi Skali : Anthropologue, écrivain et spécialiste du soufisme. Fondateur du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde. Directeur et fondateur du festival de Fès de Culture Soufie. Membre du Groupe des Sages pour le dialogue des peuples et des cultures dans l’espace euro méditerranéen. Membre du World Faith and Development Leaders. Membre du C 100 : Conseil des 100 personnalités du Forum Economique Mondial pour l’Initiative de Dialogue entre l’Occident et le Monde musulman . Il est un des représentants en Europe du cheikh Hamza de la confrérie Qadiriya Boudchichiya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur le soufisme. Il a bien connu Eva de Vitray avec qui il a co-écrit l'ouvrage "Jésus dans la tradition soufie".
- Jean-Louis Girotto : Ingénieur-chercheur, rédacteur en chef du site www.soufisme.org et de la revue "Soufisme d'Orient et d'Occident", il est à l'origine de le création de l'association des amis de Eva de Vitray. Il a entrepris depuis peu l'écriture d'une biographie de la vie d'Eva de Vitray Meyerovitch.
- Yildiz Ay : Sa soeur Mukkerem, rendait régulièrement visite à Eva. Un jour, elle emmène avec elle sa soeur Yildiz qui sont par la suite devenu de proche amis. Elle a largement contribué au transfert de la dépouille d’Éva auprès du tombeau de Rumî.
- Kudsi Ergûner : né à Diyarbakir, il est l'un des rares musiciens turcs à avoir suivi, en matière de musique savante ottomane, un enseignement traditionnel initiatique, aussi bien spirituel que musical, auprès d'un maître, son propre père. Il s'installe à Paris en 1975, poursuit des études de musicologie et d'architecture, fait découvrir la musique soufie au public occidental et crée l'institut Mevlana pour l'étude de la musique classique et de l'enseignement soufi (1981). Il a bien connu Eva de Vitray avec qui il partagé la même passion pour l'oeuvre de Rûmi, les derviches tourneurs et la confrérie soufie des Mevlevi.
- Colette Nour Brahy : Née à Liège (Belgique), philologue, auteure , fondateur de l’Association Art Promotion (Liège), administrateur de la Fondation Sciences-Arts-Culture en Wallonie. Artiste autodidacte, elle a exposé à Paris, Montpellier, New-York, Berlin, Islamabad, Karachi.Elle apprend les philosophies et les arts d’Orient lors de nombreux séjours dans le sous-continent indien où elle découvre la musique soufie. Elle fut une confidente et une amie proche de Eva de Vitray Meyerovitch.
- Marie-Odile Delacour : Psychanalyste, écrivain. A longtemps travaillé avec Jean-René Huleu à la redécouverte de l'œuvre et du personnage d'Isabelle Eberhardt, sujet de leur dernier ouvrage, "Le voyage soufi d'Isabelle Eberhardt". Elle est la présidente de l'association des amis d'Eva de Vitray Meyerovitch.
  • 17H15 à 17H45 : Echanges avec la salle
  • 17H45 à 18H30 : Collation : thé à la menthe et pâtisseries orientale
  • 18H30 à 19H30 : Sama avec les confréries Alawiya, Qadiriya Boudchichiya et Mevlevi
(ce programme est provisoire, Sous réserve de modifications)

Participations aux frais :
5 € pour tous
Gratuit pour les adhérents.

Si vous désirez soutenir activement cette journée, vous pouvez adhérer à l'association des amis de Eva de Vitray Meyerovitch (prix de l'adhésion : 15 €). Pour cela il suffit de demander un bulletin d'adhésion à l'adresse suivante : eva.de.vitray@gmail.com


Partenaires :
  • Association Isthme (www.isthme.org)
  • SalamNews et SaphirNews (www.saphirnews.com et www.salamnews.com)
  • Le site soufisme.org
  • Association AISA (www.aisa-net.com)

lundi 19 octobre 2009

Journée d'Hommage à Eva de Vitray Meyerovitch

Les amis d’Eva de Vitray Meyerovitch, regroupés en association depuis le printemps 2009 souhaitent organiser une journée d’hommage en mémoire ce cette islamologue parisienne (1909 – 1999). Licenciée en Droit, docteur en Philosophie, chercheuse au C.N.R.S. dont elle dirigea le service des Sciences Humaines, traductrice et écrivain, Eva de Vitray-Meyerovitch publia au total une quarantaine d’ouvrages.

Elle fit notamment connaitre à un large public francophone l’œuvre de Muhammad Iqbal et, par lui, du grand poète persan Rûmî. Elle est également devenue une spécialiste avertie du soufisme.

Amie d’hommes remarquables comme Irène et Frédéric Joliot-Curie, Louis Massignon, Theillhard de Chardin, Germaine Tillion, Amadou Hampaté Ba, Najm oud-din Bammate ou le fils de Muhammad Iqbal, elle fut honorée dans plusieurs pays pour sa contribution à une meilleure connaissance des traditions spirituelles. Elle fut aussi la première femme invitée à enseigner à l’université d’Al-Azhar au Caire.

A travers cette journée d’hommage, nous voudrions inviter les personnalités qui l’ont connue ou qui l’ont étudiée afin de témoigner de son parcours remarquable. Dialoguer autour de son œuvre et de ses idées.

Depuis décembre 2008, son corps repose à Konya (Turquie) à proximité du mausolée de Rûmî, cet événement symboliquement important nous a fait prendre conscience qu’il était important de lui rendre hommage en France.

L’œuvre d’Eva de Vitray-Meyerovitch a largement contribué au rapprochement entre Orient et Occident. Ses nombreuses missions au Maghreb, Koweit, Arabie Saoudite, Iran, Turquie, Soudan … témoignent de la fécondité du dialogue des cultures.